Ce n’est pas véritablement nouveau, l’entre-deux tours des scrutins qui intègrent une partie de proportionnelle a toujours suscité débats et
polémiques. D’aucuns se souviendront des violents affrontements qui avaient déchiré la droite quand aux Régionales 1998, Charles Million n’avait pas hésité à faire alliance avec le front
National pour s’assurer la présidence de la Région Rhône-Alpes.
Mais depuis la dernière Présidentielle, la donne a changé. Le Front National ne joue plus les rôles d’arbitres et pour cause : son
accession au 2ème tour de la Présidentielle en 2002 fait office avec le recul de victoire à la Pyrrhus, les autres partis dressant à tous moments l’étendard du « vote utile »
pour prévenir tous risques. Sarkozy n’a finalement eu qu’à terminer le travail en ratissant large, voire très large à sa droite pour s’assurer de l’éradication quasi définitive de l’extrême
droite en France.
réussir là où l'UDF a échoué
Dès lors, fort de près de 7 millions de voix, François Bayrou en créant le Mouvement Démocrate est en passe de réussir là où l’UDF et ses défunts aïeux (CDS, UDC, FD…) ont échoué : créer une
vision politique n’inclinant ni systématiquement à droite, ni systématiquement à gauche, s’autorisant le droit d’être en accord avec tous ceux qui sont en accord avec ses valeurs, tout en
refusant le discours parfois stérile de la simple contestation. Le Mouvement Démocrate ne distribue pas les bons et mauvais points comme LO, LCR et le FN : il est créateur et novateur
d’idées. Et d’ailleurs quand le FN empêchait ou favorisait la victoire, le Mouvement Démocrate peut être en position de force et s’imposer comme on le voit régulièrement depuis un an dans l’Ouest
de la France, mais aussi dans le Nord avec les réélections dès le 1er tour d’Olivier Henno et de Nicolas Lebas, pour ne citer qu’eux. Et cette capacité à créer du débat, à mettre un
pied dans la fourmilière du statisme bipolaire, tout en pouvant prétendre à occuper les postes tant convoités, dérange. Elle dérange car elle remet en cause les confortables positions de ceux qui
considèrent leurs sièges comme une profession et non comme une vocation. Voilà pourquoi politiques de gauche et de droite, mais aussi les journalistes vocifèrent de concert contre les
discussions de l’entre-deux tours, dénonçant des campagnes de marchandage, voire de débauchage. Mais de qui se moque-t-on ? Qui sont tous ces hypocrites qui prétendent incarner la
morale ?
le bal des hypocrites
Les politiques tout d’abord, dont l’hypocrisie confine à l’escroquerie. Monsieur Daubresse pour commencer, qui n’a toujours pas digéré la
disparition d’une UDF croupion de la droite, dont la légitimité se résumait à ses yeux à n’être qu’un réservoir à voix. Les traîtres du Nouveau Centre lui emboîtent le pas, qu’ils soient réfugiés
politiques en Sarkolie ou bien encore échoué sur un rafiot qui prend l’eau, comme Messieurs Pauchet et Forest dans le rôle des traîtres Lillois qui, offusqués affirment que l’on tue les
Centristes à Lille (Rien que le fait d’utiliser ce vocable au détriment de « Démocrate » montre la contrefaçon de leur pensée politique et de leur discours). Bertrand Delanoé aussi qui
fit tout au long de la campagne les yeux doux à Marielle de Sarnez… avant de se rendre compte que ses 42% étaient largement suffisants pour taper la Panaf’. Ou encore Godin qui ne vit que pour
être maire de Marseille avec tous les passe-droits que cela suppose et qui lorgnaient sur l’or orange pour garantir un siège à vie. Qui sont tous ces donneurs de leçons qui dans d’autres villes
se livrent à un marchandage bien plus honteux car l’accord passé ne tient compte que du chiffre et non pas des valeurs partagées ? Quand l’UMP investit Vaneste, malgré la promesse électorale
de Sarkozy (habituel…), peut-il après se porter garant de la bonne morale ? Quand Fillon propose officiellement à Bayrou de le faire élire à Pau en échange d’un ralliement à Panafieu à
Paris, est-ce là sur la base de valeurs communes ? Le PS partage-t-il à ce point les valeurs du PC pour faire si souvent alliance avec lui ? Ségolène Royal qui a tant honni François
Bayrou durant toute sa campagne présidentielle, dénonçant les valeurs « de droite » (sic) de son adversaire, n’était-elle pas pathétiquement en bas de l’immeuble de se dernier, se
rabaissant à faire la manche en promettant le poste de premier ministre, la veille de son débat avec celui qui deviendra Président ? Sa proposition était-elle donc fondées sur les
« valeurs de droite » que subitement elle avait adoptées ? Le bal des hypocrites est lancé et n’est pas prêt de se terminer. Mais il ne doit laisser dupe personne.
Les journalistes en connivence
Même pas les journaliste, si tant est qu’il y a bien encore en France une intégrité dans la profession ! Comment des hommes et des femmes
cultivés, ayant étudié de nombreuses années, se forgeant un esprit critique et ne travaillant qu’au nom de l’objectivité et de l’éthique peuvent-ils avoir la malhonnêteté de dire que la ligne de
Mouvement Démocrate est incompréhensible, floue, et opportuniste ? Comment ne peuvent-ils pas intégrer dans leur esprit qu’une idée n’est ni de droite, ni de gauche, mais bénéfique ou
néfaste aux Français ? Choisir un bon maire est-il moins respectable que choisir le maire d’un parti ? L’étiquette vaut-elle plus que le pragmatisme d’un mandat ? Si les
journalistes le pensent, alors je ne peux y voir qu’une alternative : soit leur capacité de réflexion est trop limité et il faudrait qu’ils songent sérieusement à changer de rubriques, de
canards ou même de profession. Soit ils sont d’une mauvaise foi éhontée, assumant cyniquement le bain qu’ils prirent petit dans la potion « Sarkidolâtre » ou bien n’acceptant pas l’idée
que la sociale démocratie est la seule conception réaliste et en ligne avec son temps quand on est à « l’écoute du social » (sic).
Les donneurs de leçons sont pour le moment dans le vent. Mais que politiques et journalistes prennent garde : les modes sont
éphémères.